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Céline Sciamma présente sa « Bande de filles »

Le troisième film de la réalisatrice, en salles mercredi, va à contre-courant de la représentation de la diversité dans le cinéma français. Une cinéaste et un film à part.

La date de naissance du film de banlieue peut être fixée en 1995 avec la sortie de « La Haine » de Mathieu Kassovitz. Si le film n’est pas sans qualités, il aura à jamais transformé l’imaginaire collectif et la façon de représenter ces quartiers et les jeunes qui y vivent : un peu hâbleur, stylé sportswear, baignant dans le rap et la fascination pour le cinéma américain (la fameuse scène où Vincent Cassel se prend pour De Niro dans Taxi Driver). Un cinéma viril, laissant peu de place à la figure féminine.
 
Il aura fallu attendre 20 ans pour qu’une jeune femme, Céline Sciamma, reprenne le sujet à bras le corps. Bandes de filles nous permet de partager un bout de chemin avec une adolescente française, black, Marieme, 16 ans (la révélation Karidja Touré), vivant dans une cité HLM. Au début ado timide, on la voit s’affranchir dans le frottement amical et galvanisant avec des copines dessalées, se donner du champ par rapport aux frangins, aux déceptions de l’école et aux débouchés de boulot peu engageants.
 
Sciamma a beau se défendre d’avoir fait un « film de banlieue » – elle parle d’une « fresque intime » – la scène d’ouverture plante le décor avec une efficacité redoutable.
Totalement affranchies des représentations de ses aînés, Sciamma innove tant par l’image que par le son. Dès les premières secondes, on est happé. Par la musique pop-électro, plein tube, signée Para One. A l’écran, des filles à la peau noire et aux épaules de déménageurs labourent un terrain de sport violemment éclairé. Elles s’affrontent sans ménagement – casque de protection sur la tête, épaulettes et genouillères – dans le cadre d’un match de football américain. D’emblée, la scène impose une impression paradoxale qui ne nous lâchera plus : le sentiment d’être en prise directe avec une réalité ultra-contemporaine (sous-représentée au cinéma), et la sensation d’avoir posé le pied dans un territoire de fiction presque exotique. La banlieue vue par Sciamma a quelque chose de romanesque et d’électrique. A l’image de ces barres d’immeubles que la nuit rend méconnaissables, curieux vaisseaux à l’architecture brute.
 
A Céline Sciamma, jeune cinéaste de 35 ans, on doit déjà deux autres films. Deux pépites. Naissances des pieuvres sorti en 2007 et qui laissait entrevoir plein d’espoir et révélait pour la première au public l’actrice Adèle Haenel. Mais c’est avec Tomboy qu’est arrivée la consécration en 2011. Une révélation autant due pour la qualité intrinsèque du film, encensé au moment de sa sortie, que part la polémique qui en avait suivit. On se souvient par exemple que le film a été pris en grippe en 2014 par le groupuscule intégriste catholique Civitas qui demandait à protester auprès d’Arte afin que la chaîne franco-allemande annule la programmation de Tomboy, qualifié de "film de propagande pour l’idéologie du genre". Voilà qui prêche un peu plus en faveur du film et de sa clairvoyance.
 

Bande Annonce

 

Interview Céline Sciamma


Céline Sciamma, entretien pour "Bande de filles... par telerama
 


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